Dans la cuisine d'Angélique

Pas besoin de discuter avec elle pendant plus de quelques minutes pour s’en assurer, Angélique et la cuisine, c’est toute une histoire ! Une histoire qu’elle puise dans le passé, dans ses premiers souvenirs de cuisine avec sa grand-mère, à qui est dédié son blog, mais surtout une histoire ancrée dans le présent et qui a une grande importance dans ses relations avec ses proches : conjoint, parents, beaux-parents, frères et sœurs, collègues, amis… la cuisine et la gourmandise figurent en bonne place dans ses liens aux autres ! Le tableau ne serait pas complet sans un œil tourné vers le futur, puisque la transmission est également essentielle pour Angélique ; avec son fils de quatorze ans, là encore la cuisine les rapproche, puisque c’est lui qui réalise les photos qui illustrent son blog !

Quand Angélique nous accueille, elle nous explique d’abord qu’elle cuisine parce qu’elle est gourmande. Au vu de l’étincelle dans ses grands yeux bleus dès qu’elle détaille ce qu’elle aime préparer, on veut bien la croire ! Mais au fil de la conversation, ce n’est finalement pas sa gourmandise qui domine, mais plutôt son envie de partager et de faire plaisir. Eh oui, si le fameux « la cuisine pour moi c’est le partage » est devenu un poncif un peu usé et recyclé à toutes les sauces dans Top Chef et autres émissions culinaro-télévisées, chez Angélique, ce n'est pas une fadaise répétée sans autre finalité que l’envie de se faire mousser ou de combler la vacuité de la conversation. Angélique va à rebours des clichés, en vivant ce partage plutôt qu’en en faisant la promotion.

Le sens du partage

Pas égoïste pour deux sous, elle est capable de se mettre en quatre pour préparer un plat qui convienne à chacun. Angélique n’a d’ailleurs pas de plat emblématique ou de recette phare ; c’est plutôt chacun de ses proches qui bénéficie de son plat fétiche personnalisé : son frère ne mange des pâtes à la carbonara que lorsqu’il rend visite à sa grande sœur ; sa sœur, elle, attend avec impatience son blésotto au chorizo, tandis que sa mère adore sa carbonnade et son fils ses endives au jambon…

Mais l’exemple le plus parlant, c’est celui de ses beaux-parents : Angélique, qui abhorre tout ce qui sort de l’eau, se met pourtant en cuisine pour leur faire plaisir avec des plats de poissons, malgré son dégoût. Et quel dégoût ! Pour manipuler les maudits animaux « aux goûts sable et mer », elle a dans sa cuisine une grande pince dédiée. Pas question de les manipuler directement, ni même que ses cuillères en bois n'effleurent la moindre écaille !

Les fameuses pinces à poissons !

Combiner l’efficacité et le plaisir

Malgré cet épisode qui ne ressemble pas à une partie de plaisir pour elle, Angélique insiste sur un point : cuisiner ne doit pas être une corvée, mais rester un moment agréable ! Pas question de cuisiner trois heures pour cinq minutes de dégustation, ou de préparer des plats à la chaine pour avoir de quoi se sustenter toute la semaine. Dans ce combat de tous les jours pour atteindre sa fameuse trinité - cuisiner simple, bon et sain – le thermomix est devenu son meilleur ami. Un peu plus, et Angélique se transformerait en commerciale pour le fameux robot : « à part se laver, il fait tout tout seul ! »… ou presque ! Angélique prépare soigneusement les menus pour toute la semaine, fait les courses en conséquence et lance un délicieux repas chaque soir : le robot ne fait pas encore tout…

Le fils d'Angélique prend les photos pour son blog : ici, les cookies aux lardons qu'elle nous a servi en apéro !

Sans culpabilité, Angélique semble avoir trouvé un certain équilibre entre ses envies et ses contraintes : une alimentation saine et pas trop grasse, son intolérance au lactose, la diminution le gluten dans son alimentation, s’approvisionner, quand c’est possible, de manière locale tout en gardant intact le plaisir de cuisiner et de manger… chapeau !

Les œufs à la couille d'âne

Alors quand les œufs à la couille d’âne se sont glissés dans la conversation, Angélique a abdiqué : « là, ça va trop loin ! ». Après avoir été rassurée sur la nature desdites couilles – de simples œufs pochés dans du vin rouge – c’est finalement son beau-père, berrichon lui aussi, qui lui a transmis sa recette. Sa maman, qui a également suivi l’aventure de près, lui a donné un conseil précieux : surtout, ne pas oublier le brin de persil au sommet du plat ! Les collègues, quant à eux, attendaient impatiemment le verdict après la soirée, et toute la petite communauté de lecteurs de son blog a réclamé la recette avec impatience !

À l’image de sa conception de la cuisine en général, tout son entourage s’est mobilisé autour d’Angélique autour de notre venue. Au premier rang, ses collègues, parmi lesquels quelques purs berrichons, qui l’ont renseignée sur les recettes locales puisqu’elle-même n’est berrichonne que d’adoption. Ces généreux collègues l’ont manifestement parfois un peu trop submergée de détails, Angélique gardant un souvenir impérissable du récit un poil trop précis de la recette du lapin au sang, extraction de l’œil pour en vider le sang incluse.

En tout cas, c’est un pari réussi pour Angélique, puisque son mari a déclaré avoir retrouvé le goût de son enfance : y a-t-il un plus beau compliment ?

C'est pas tout ça, mais comment ça se prépare ?
 

Les oeufs à la couille d'âne sont une variante berrichonne des oeufs en meurette, originaires de la Bourgogne voisine. Ici, les oeufs sont pochés dans le vin, ce qui leur donne cet aspect...conforme au nom de la recette !

La recette est rapide et se réalise au dernier moment, mais demande un peu d'organisation : un conseil, parcourez la recette en entier avant de vous lancer !

Un peu d'histoire : les vins dans le Berry

Saviez-vous que le Berry possède six appellations viticoles ? Ces vins, dont plusieurs sont assez renommés, sont plus souvent associés à l’image des vins de Loire qu’à celle du Berry. Votre caviste vous proposera-t-il un Sancerre si vous lui demandez un « vin du Berry » ? Sancerre, donc, mais aussi Menetou-Salon, Quincy, Reuilly, Valençay et Châteaumeillant, voici les six appellations viticoles berrichonnes actuelles !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La présence de la vigne dans le Berry est très ancienne (les Bituriges, peuple gaulois, cultivaient déjà de la vigne) et les vignobles de Sancerre et de Reuilly étaient connus et appréciés dès les premiers siècles de notre ère, notamment grâce à l’influence des moines. Au-delà cette renommée, la vigne était cultivée sur les exploitations en polyculture-élevage jusqu’au milieu du XIXe siècle, pour la consommation familiale. De petites parcelles étaient ainsi plantées en Champagne berrichonne, notamment dans les régions d’Issoudun et de Valençay.

 

Mais ces petites parcelles, souvent localisées sur de faibles pentes de plateaux céréaliers, ont été concurrencées par les céréales, et leur surface a diminué. La crise du phylloxera de 1884 a également eu une forte incidence sur lles vignes berrichones, entrainant la disparition d'une bonne partie des petites parcelles familiales. Grâce aux plants américains résistants au phylloxera, servant de porte greffe, certains vignobles se reconstituent peu à peu à partir de 1893, tandis que d'autres, commes le vignoble de Bourges, ne sont pas replantés. Ceux qui sont reconstitués changent de visage, car le sauvignon, le pinot noir, le pinot gris et le gamay remplacent les cépages traditionnels : le Sancerre, traditionnellement connu pour son cépage rouge, est par exemple réimplanté en sauvignon. Les cépages traditionnels disparaissent pour la plupart : le genouillet, cépage très présent en Champagne berrichonne, disparait ainsi presque totalement. C’est seulement dans les années 1970 que quelques ceps sont retrouvés près d’Issoudun, et réhabilités grâce à l’URGB.

 

La reconstruction des vignobles et le travail engagé sur la qualité organoleptique des vins font que les vignobles berrichons obtiennent des appellations d’origine contrôlée : les vins blancs de Sancerre, Reuilly et Quincy sont les premiers à l’obtenir en 1936. Le Menetou-Salon obtient son appellation en 1959, et les vins rouges et rosé de Reuilly en 1961. Plus tardivement, le Valençay devient une appellation en 2003, suivi quelques années plus tard par le Châteaumeillant, en 2010.

Sources :

Philippe Ratouis (1942), La Champagne berrichonne

J. Gilbank (1952), La région du vignoble sancerrois

Pascal Blondeau (1983), Un vignoble menacé, le Valençay

Roland Narboux (2013), Vignes et vignoble à Bourges

Crédits photos : Agathe Lang

Carte des vins du Berry :  image d'origine sur le site de Vouhet

PictogrammesGood Stuff No Nonsense et Freepik (via Flaticon)

Note de transparence : Angélique nous a reçues chez elle avec beaucoup de gentillesse et d'enthousiasme, et nous avons réalisé un double reportage avec son fils, qui a lui aussi immortalisé ce moment ! Vous pouvez d'ailleurs retrouver son article de blog sur notre rencontre, et la recette avec ses instructions à elle !

Elle nous a fait le plaisir de nous inviter à rester dîner, et nous a régalées : cookies aux lardons, oeufs à la couille d'âne avec des pommes de terre, et en dessert un incroyable sorbet de cerise au sirop de piment d'espelette, réalisé au Thermomix...

Et promis, ni Angélique ni nous n'avons de contrat avec Thermomix pour en vanter ses mérites !