Sources :

Christian Benz, Quand l'Indre abritait une pharaonique base d'aviation américaine, Le Petit Berrichon, 2014

Jean-Marc Gonin, Quand les Ricains étaient là, Le Figaro Magazine, 2009

Françoise Gay, Vicissitudes de l'emploi de la troisième sole de l'assolement triennal en Champagne berrichonne, 1962

Philippe Ratouis, La Champagne berrichonne, 1942

L’intérêt de Bruno pour la culture outre-Atlantique n’est peut-être pas si anecdotique qu’elle n’y paraît... Par le passé, des troupes américaines se sont en effet implantées plus ou moins durablement sur le sol berrichon, et ce à plusieurs reprises !

  

L’Histoire américano-berrichonne commence ainsi en 1917, quand les Américains prennent part à la Première Guerre Mondiale en entrant en guerre aux côtés de la Triple-Entente. Suivant les conseils du gouvernement français, les autorités américaines installent plusieurs bases militaires en France. Et même si le Berry ne se situe pas directement sur le front de l’Est, il est choisi pour y faire construire une école d’aviation. Ce ne sont pas moins de 1 300 hectares qui sont consacrées à l’activité militaire ! Ce sont sur des terres de la Champagne berrichonne, dans le hameau de Vœu, à mi-cheimn entre Vatan et Issoudun, qui sont choisies pour la construction d’un immense complexe aérien pour former les pilotes américains. Pour l’époque, ce n’est ni plus ni moins la plus grande base aérienne au Monde… Rien que ça ! Et les Américains n’ont pas fait les choses à moitié : ce sont bien 8 000 personnes (militaires, prisonniers et ouvriers) qui investissent le territoire, apportant avec eux de quoi construire ex-nihilo une ville américaine : salle de spectacle, librairie, château d’eau… de quoi stupéfaire les Berrichons !

  

Mais quel lien avec l’agriculture, me direz-vous ? Eh bien, si le choix s’est porté sur la Champagne berrichonne, c’est en partie parce qu’il s’agissait à l’époque de terres encore relativement peu exploitées, du fait du manque de moyens techniques et chimiques pour tirer le meilleur de ces terres calcaires, très perméables et peu profondes. Les exploitations agricoles, divisés entre grands domaines à main d’œuvre salariée et petites exploitations vivrières étaient rares et dispersées sur le territoire. Les sols, souvent laissés en jachères ou en landes, servaient à la culture extensive de céréales et à l’élevage de moutons… Tous ces facteurs ont fait de la Champagne berrichonne un parfait terreau fertile pour l’implantation d’une gigantesque base aérienne.

 

Une fois la guerre terminée, le centre de formation n’eut plus lieu d’être, et le centre de formation fut fermé puis démantelé en 1919, rendant les terres aux moutons. Tout le mobilier fut cédé à qui en voulait : à bien y regarder, on peut peut-être aujourd’hui encore trouver chez quelque particuliers, agriculteurs ou administrations des vestiges du mobilier de cette base aérienne…

 

Puis bien des années plus tard, le Berry devient à nouveau le théâtre de l’installation américaine : cette fois, c’est une base de l’Otan qui s’y construit en 1951. La base de La Martinerie devient un véritable lotissement américain, hébergeant les officiers en poste, jusqu’en 1967. Une fois encore, c’est une petite Amérique qui s’installe près de Châteauroux, avec cinémas, bowling, hôpital… Les berrichons découvrent ainsi l’opulence américaine, avec ses voitures colorées, son Coca-Cola, ses glaces, pop-corn, hamburgers (bien avant l’implantation de McDonald’s !), et autres trésors de la gastronomie américaine !

 

Aujourd’hui, peu d’indices témoignent des 16 années de présence américaine : ni plaque ni monument… Mais depuis 6 ans, le Festival Good Old Days fait revivre ce passé parfois oublié des Castelroussins.

Un peu d'histoire : L'Amérique en Berry

Bruno, bonnet noir et barbe grisonnante, semble être l’une des figures du marché de Saint-Août, ce petit village en plein cœur du Berry où se monnaient chaque mardi matin légumes, poissons d’eau douce et volailles vivantes.*

Dans le camion de Bruno

Annoncée par un grand panneau de la Route 66, sa camionnette attire immédiatement le regard tant sa décoration est insolite. Des plaques d’immatriculation américaines – toutes authentiques, nous précise-t-il - sont disséminées sur les cloisons. D’innombrables références à ce pays qui peuple ses rêves, les Etats-Unis, leur tiennent compagnie : photos de New-York sous la neige, autocollant un peu kitsch de la statue de la Liberté, affiche de recrutement pour l’US Army… Pourtant, ce matin, n’en déplaise au panneau lumineux « pizza » qui surplombe l’affiche de la route 66, point de spécialités culinaires nord-américaines à bord du camion : ce sont des galettes et pâtés de pommes de terre que Bruno vend aux badauds du marché.

*Notre reportage sur le marché de Saint-Août est à lire ici !

Le grand rêve de Bruno, c’est d’emprunter la route 66 ; tout dans son camion l’indique, mais c’est surtout sa promptitude à raconter son histoire qui révèle la force de cette aspiration. Motard dans l’âme, c’est sûr, un jour, il le fera, la route 66 ! Son plaisir à nous énumérer les États qu’elle traverse, le nombre de kilomètres total ou les étapes incontournables est communicatif. Il interrompt son récit quelques instants pour servir un client ; ils échangent quelques mots, des pièces de monnaie changent de main, et le client repart avec ses feuilletés qui sortent à peine du four, le feuilletage encore gonflé par la chaleur.

Ancien animateur commercial, Bruno a fait le choix voilà déjà quinze ans de s’investir corps et âme dans la commercialisation de feuilletés berrichons à bord de son camion. Son associé les prépare, et il les vend sur les marchés dans toute la région. Huit ans plus tard, il se rapproche de son rêve américain en proposant chaque soir des pizzas.

Berrichon le matin, américain la nuit, Bruno est un sacré personnage ! Avec amusement, il nous parle de ce jour où, sur ce même marché de Saint-Août, deux américains se sont approchés de son camion, sûrement intrigués par la présence d’un drapeau des États-Unis en plein Berry. Comme l’un d’eux parlait français – au grand soulagement de Bruno – la conversation s’est engagée. Vivant dans le Missouri, les deux hommes expliquent à Bruno qu’ils y tiennent un restaurant nommé… « la galette berrichonne » ! Une amitié s’est créée, et les trois hommes continuent d’échanger régulièrement des nouvelles. Depuis, le rêve de Bruno a pris de la substance : il ira aux Etats-Unis pour parcourir la route 66, qui passe, de manière fort à propos, par le Missouri (pour les incultes de la route 66 qui, comme nous, ne sauraient pas quels États elle traverse – voire où est franchement le Missouri…). Il pourra ainsi rendre visite à ses amis américano-berrichons, et se faire prendre en photo de l’autre côté de l’Atlantique, devant « la galette berrichonne ». Photo qui, on n’en doute pas, ornera les murs de son camion !

 
C'est pas tout ça, mais comment ça se cuisine ?

Imprimez la recette !

 

Note de transparence : Bruno a pris le temps de discuter avec nous entre ses clients et de nous raconter son histoire... merci à lui !

Crédits photos : Agathe Lang

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