Dans la cuisine de Chloé

Chloé est amicale, jeune et fraîche… un peu comme les fleurs qu’elle vend dans sa jolie petite boutique en plein centre d’Issoudun ! Curieuse de savoir pourquoi nous voulions la rencontrer et ravie de partager avec nous son goût pour la cuisine, elle nous a reçues sur son seul jour de congé, dans l’insolite appartement qu’elle habite juste au-dessus de sa boutique.

Au bout de l’étroit escalier par lequel on peinerait grandement à faire passer un meuble un peu large, nous découvrons une cuisine spacieuse et moderne… mais à la rénovation encore inachevée ! Car faire faire les travaux par sa famille, c’est bien, mais ça a ses inconvénients, Chloé le reconnait avec beaucoup d’humour ! Elle aimerait par exemple que le trou béant de son plafond soit comblé par une hotte, ou « au moins qu’il ne pleuve pas sur mes plaques, ce serait bien ! ». Ah, le charme de l’ancien, tout un programme… Mais cela n’empêche en rien Chloé d’épater ses amis en cuisine, et de nous proposer aujourd’hui une recette qui ravira les intolérants au gluten.

Travaux manuels

Quel point commun verriez-vous entre une fleuriste et un cuisinier ? Tout simplement le plaisir de façonner, de créer de ses mains, et de mettre la main à la pâte. Pas du tout issue d’une lignée de grands chefs, Chloé nous explique que dans sa famille, on aime tout ce qui est manuel : son père est artisan dans le bâtiment, sa sœur est costumière et sa mère … bonne cuisinière !

Aussi, entre les mercredi après-midi de son enfance passés dans le potager de son grand-père, la « fabrication du goûter » avec sa grande sœur, les ateliers pâtisserie qu’elle organisait pour son cousin Vincent lorsqu’elle le gardait, et finalement ses apéro-dinatoires entre amis, on retrouve dans la cuisine de Chloé un mélange de typicité berrichonne, de plaisir de partager et d’innovation.

Mais parfois, se voir affublée de l’étiquette de celle-qui-cuisine-des-trucs-trop-bons-vous-allez-voir-elle-va-nous-épater, ça oblige à toujours chercher à se dépasser, pour ne pas proposer toujours la même chose à ses invités. Quand Chloé invite ses copains, pas question de les accueillir avec un bol de chips et un saucisson ! Non, organisée, elle va même jusqu’à préparer à l’avance quelques verrines avec des restes de salade en les congelant, pour ne les sortir qu’au dernier moment. Sa dernière bonne idée ? Une crème de pâtisson avec quelques biscuits salés émiettés dessus, le tour est joué !

Taquine, elle ne cache pas avoir quand même déjà servi du réchauffé à ses amis… qu’elle qualifie, pour rire « d’un peu simplets, ils ne reconnaissent pas quand je leur sers deux fois la même chose ! ». Mais loin de Chloé l’idée de ne pas être attentive à ses proches, preuve en est la recette qu’elle a choisi de réadapter aujourd’hui pour nous : sa recette « un peu chelou », elle l’a cherchée pour s’adapter au régime sans gluten d’une de ses amis…

Même si avec ses yeux légèrement effilés et sa chevelure brune, elle était surnommée « la poupée chinoise par les dames de cantine », Chloé est un pur produit berrichon, élevée au Valençay. Sans pour autant faire partie de ceux pour qui le canton d’à côté c’est déjà le bout du Monde, on la sent très attachée à son territoire.

Retour aux sources

Et même si elle dit qu’« Issoudun c’est un peu sinistré », elle a mille exemples de choses à y faire, qui démontrent que l’ambiance d’une ville, c’est comme le patrimoine culinaire, ça se façonne tous les jours, à force d’idées ! Depuis 7 ans qu’elle s’est installée, elle s’implique dans la vie locale, tantôt avec sa casquette professionnelle – quand par exemple elle a fourni les fleurs pour le diner spectacle organisé par Alain pour la Croix-Rouge – tantôt avec sa casquette personnelle, quand il s’agit de mettre la main à la pâte pour le festival de reggae d’Issoudun, d’aller voir des expos, ou de cuisiner pour l’association des commerçants.

Et au lieu de s’isoler ou de rêver, Chloé semble avoir insufflé une dynamique auprès de son groupe d’amis…car en plus de transformer leurs apéro-dinatoires en véritables défis culinaires, elle envisage maintenant de mettre en place un « troc de cuisine » ! Le principe ? Tout simplement échanger une partie de ce que l’on se cuisine pour soi avec ses voisins ou amis, histoire de ne pas avoir à manger toute la semaine le même plat ! Bien plus convivial qu’un congélateur en somme !

 
C'est pas tout ça, mais comment ça se cuisine ?

Imprimez la recette !

Un peu d'histoire : à la découverte de la Brenne

Pour ses muffins, Chloé a utilisé un fromage de chèvre sans appellation d’un producteur voisin : en plus des cinq appellations officielles que l’on retrouve sur le territoire berrichon – Valençay, Pouligny-St-Pierre, Selles-sur-Cher, St Maure de Touraine et crottin de Chavignol – chaque producteur produit généralement sa propre spécialité ! La bûche de chèvre que Chloé a dénichée est une parente du St-Maure de Touraine, dont la zone d’appellation ne s’étend pas jusqu’à Issoudun.

 

 

 

 

 

 

De l’autre côté de l’Indre, dans le Nord-Ouest du département, c’est une autre guerre qui se joue : pyramide de Valençay contre pyramide de Levroux !

Officiellement, c’est Valençay qui règne : depuis 1998, l’AOC protège la « pyramide de Valençay », qui est en fait produite dans la majeure partie du département de l’Indre, et dans quelques communes limitrophes du Cher, du Loir-et-Cher et d’Indre-et-Loire. À Valençay, cette appellation fait d’autant plus la fierté de la ville qu’il s’agit de la seule appellation en France qui concerne deux produits : les vins de Valençay et le fromage de chèvre !

L’histoire raconte d’ailleurs que c’est le prince de Talleyrand lui-même qui a contribué à la renommée de ce fromage. Ce célèbre diplomate et homme politique français – capable d’une telle habileté dans sa carrière qu’il a su occuper des postes de pouvoir pendant tous les régimes successifs de la Révolution française à la Restauration – possède en effet le château de Valençay. La forme de pyramide tronquée du Valençay remonterait ainsi au premier empire : alors Ministre des relations extérieures, Talleyrand aurait convié Napoléon à un banquet dans son château. Pour ne pas le froisser en lui rappelant sa malheureuse campagne en Égypte, Talleyrand fit alors modifier la forme des moules jusque-là parfaitement pyramidaux, en en tronquant la pointe. Fin diplomate, on vous disait ! Plus romanesques, certains racontent que ce serait Napoléon, courroucé à la vue de ces satanées pyramides, qui les décapita d’un coup de sabre en plein banquet !

Une histoire alternative court cependant dans la région, moins politique, et bien plus charmante ! Ce serait un petit charpentier qui, transi d’amour pour une belle bergère, aurait voulu faire un geste romantique pour son aimée : travaillant alors sur le clocher de l’église, il lui aurait confectionné avec amour un moule à fromage semblable à la forme de ce clocher !

Mais, et c’est là que les querelles de clocher entrent en scène, certains affirment qu’il s’agissait de l’église de Levroux et non pas de celle de Valençay ! Il est vrai que la ressemblance avec le clocher de la collégiale St Sylvain de Levroux est troublante…

Alors, Valençay ou Levroux ? Levroux est en fait situé au cœur de la zone de production du fromage de Valençay. Pour certains, il s’agit du même fromage, Valençay étant l’appellation aristocratique alors que Levroux constituait plutôt le terme populaire pour désigner ce fromage. Pour d’autres, le Levroux possède sa propre identité ! S’il existait deux fromages distincts, aujourd’hui les deux se confondent le plus souvent. Les producteurs de Levroux ont cependant obtenu l’autorisation de continuer à utiliser l’appellation « Levroux » en plus de celle de Valençay, afin de ne pas perdre leur identité !

Envie d’en savoir plus sur le fromage de chèvre ? Pour plus d’infos sur les chèvres dans le Berry, ça se passe sur le portrait de Guillaume… et pour plonger dans l’histoire d’une autre région berrichonne qui produit vin et fromage de concert, c’est sur le portrait de Gilles qu’on vous raconte les histoires mêlées du vin de Sancerre et du crottin de Chavignol !

 

Note de transparence : Un grand merci à Chloé pour ce très bon moment partagé, et pour avoir pris le temps de nous recevoir malgré un emploi du temps chargé ! Nous avons partagé un repas bien sympathique !

Merci également pour nous avoir orientée chez son cousin Vincent, qui nous a régalées de son fameux gâteau à la sucrine du Berry !

Crédits photos : Agathe Lang

PictogrammesGood Stuff No Nonsense et Freepik (via Flaticon)