Quand on rentre chez France, la coutume veut que l’on soit accueilli par un grand éclat de rire ; c’est d’ailleurs ce qui la caractérise le mieux, cette façon inimitable qu’elle a de s’esclaffer en un rire retentissant et communicatif.

 

Dans sa petite maison au décor chargé mais charmant, chaque détail est plein de couleur et de bonne humeur : si d’aventure on faisait grise mine en entrant, impossible de rester de marbre… tout donne ici envie de se poiler de concert avec France !

Rencontrer France donne donc la sensation de pénétrer dans une petite bulle où tout a un air enjoué, même le plus banal des actes quotidiens. Un simple « Je vais attaquer ma petite béchamel, avec mes petits champignons » prend des accents chantants, laissant croire que  l’on se lance dans la confection d’une recette sensationnelle !

Élevée à « faire avec ce qu’on a », France ne s’encombre pas non plus de matériel de cuisine hors de prix : « tu peux tout faire avec trois gamelles! ». Bon, pas n’importe quelle gamelle, puisque France ne jure que par ses casseroles Zilit, venues d’une époque où elle était représentante pour la marque. Mais maintenant, elle « achète en brocante ou aux Emmaüs… c’est bien trop cher sinon ! ». Dommage pour Zilit, on a failli les rendre riches avec une publicité pareille !

Un peu d'histoire : la ficelle picarde

Sources :

Promotion 010 Alimentation & Santé., Lasalle Beauvais. http://www.cuisinealafrancaise.com/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Sauce_b%C3%A9chamel

Imprimez la recette !

Note de transparence : France a accepté sans sourciller, au détour d’un coup de téléphone, de nous accueillir chez elle et de nous faire une ficelle picarde ! Elle et son mari Bernard nous ont reçues chez eux une bonne partie de l’après-midi et nous ont offert un chouette moment de bonne humeur et quelques verres de jus de framboise-cassis. France nous a également transbahutées jusqu’à son magnifique jardin… et elle ne nous a pas laissées repartir sans trois ficelles picardes artistiquement emballées dans leur petit canot de papier aluminium ! Mille mercis France !

Crédits photos : Agathe Lang

PictogrammesGood Stuff No Nonsense et Freepik (via Flaticon)

 
 
Dans la cuisine de France

Pourtant, chez France, pas question de cuisine alambiquée ou prétentieuse : elle ne s’embarrasse pas des codes et des conventions qui régissent la sacro-sainte cuisine française ! Sa règle d’or : « faut faire simple… et roule ma poule ! ». Et si ça veut dire mettre le lait avant la farine et le beurre pour faire la béchamel, qu’il en soit ainsi, quoique les grands chefs en disent !

Le manche dune spatule qui casse ? Un gros bouchon de liège, et le tour est joué ! Pas besoin de renouveler son matériel, un peu de débrouillardise suffit amplement ! 

Avec nous, c’est comme en cuisine : France ne s’encombre pas de formalités mondaines, et s’en tient à une simplicité chaleureuse. « Bon, je vous tutoie, ça va être plus simple ! ». Alors, devant la pâte à crêpe, on papote comme avec une vieille amie qu’on voit chaque semaine. Entre deux éclats de rire, France prend une mine appliquée, pour se concentrer sur sa recette : « normalement je fais au pif, là je vais essayer de me concentrer pour faire mes dosages ».

Le penchant de France pour la simplicité et la débrouille, c’est comme son goût pour la cuisine : « C’est maman ». Ses parents, ménage vacher sur une ferme, l’ont élevée « dans le vrai » : pot-au-feu, pâté au lapin, lapin au cidre... la cuisine était simple, mais toujours avec de bons produits. Étant pourtant « 100 % de l’Aisne, un vrai produit du terroir », France n’a pas vraiment reçu de recettes typiques en héritage : ses deux recettes picardes, la ficelle picarde et la tarte au maroilles, sont venues plus tard dans sa cuisine. En fouillant un peu dans ses souvenirs, une image en particulier lui revient quand même : celui d’une galette à la crème, cuite au four… un goût d’enfance qu’elle n’a jamais réussi à retrouver !

Ecolo et jardinière

Mais France n’est pas qu’un éclat de rire ambulant, quoiqu’on puisse en croire : écolo avant l’heure, quand « on passait pour des hurluberlus, dans les années 80 », elle n’hésite pas à s’engager, et à appliquer ses convictions. Pour preuve, son superbe jardin potager qu’elle nous emmène visiter : avec France, la philosophe c’est « tu pousses, tu cuisines, tu manges ».

C'est pas tout ça, mais comment ça se cuisine ?
Pas de cuisine alambiquée

Et pour pousser, ça pousse ! La visite donne le vertige : courgettes, fraises, artichauts d’Ardon, cassis-framboises-groseilles, potimarron, tournesol pour nourrir les oiseaux, oseille, topinambours et petites fleurs s’y bousculent.

Le jardin est un travail d’équipe avec son mari : Bernard bêche, France plante. Ces deux-là sont en équipe au jardin, mais aussi en cuisine - France cuisine, Bernard épluche, mange et fait la vaisselle (« et y en a à faire »)… et surtout pour faire la fête, domaine où ils sont loin d’être les derniers !

La ficelle picarde

Cette fameuse ficelle-crêpe-fourrée de France a beau ne pas être en conformité par rapport aux standards édictés par Mr Lefebvre, illustre inventeur de la recette, elle correspond largement aux usages ayant court dans la cuisine populaire aujourd’hui : béchamel, gruyère râpé et jambon en dés volent la vedette à la crème fraiche, la duxelle de champignons et la tranche de jambon entière… débat d’experts ! Débat dans lequel France se refuse résolument à entrer : pour elle, pas question de « vraie » ou de « fausse » recette, elle n’a pas l’âme d’une puriste.

La ficelle picarde n’est pas une tradition familiale pour France, mais plutôt « une recette qu’on faisait comme ça », apprise avec les copines. Avant de l’appeler « ficelle picarde », France parlait d’ailleurs plutôt de crêpe fourrée ;  « en allant au resto, on s’est rendus compte que c’était une ficelle picarde, notre crêpe fourrée… ça fait mieux, quand même ! ».

Sa ficelle picarde, elle l’a donc aménagée à sa sauce : un peu de viande froide cuite au jus dans la crêpe, un coup de jus de citron sur les champignons… « C’est pour pas qu’ils noircissent… j’ai trouvé ça sur internet, tu savais toi ? »

Cette fameuse ficelle est un plat du quotidien, « bon marché et populaire »… et pour les petits-enfants de France, c’est le plat de mamie, qu’ils lui réclament volontiers parce que leur maman à eux ne la fait pas pareil. Au grand plaisir de France : « je crâne, c’est la mienne la meilleure ! ». 

Conclusion de France à cette après-midi culinaire : « Je suis contente de moi… on n’a pas trop toutouillé ».

La ficelle picarde est l’une des spécialités de la région les plus connues de ses habitants : sa renommée n’est plus à faire ! Assez simple à réaliser, elle est à la carte de beaucoup de restaurants picards, et nombre de foyers la reproduisent. Comme France, chacun y met de son grain pour adapter la recette : un peu de poulet, une béchamel… pardon ? Une béchamel ? Les plus fervents défenseurs de la ficelle picarde vous reprendront illico si vous ose leur tenir tête et affirmer que la ficelle picarde contient de la béchamel… Alors, béchamel ou pas béchamel ?

Revenons aux origines de cette délicieuse crêpe fourrée : comme le kouign-amann, la ficelle picarde n’est pas une recette ancestrale issue des fourneaux de grands-mères et grands-pères ; il s’agit d’une pure invention, sortie tout droit de l’imagination et du savoir-faire d’un professionnel. À l’origine donc, se trouve Marcel Lefèvre, un cuisinier émérite d’Amiens. En 1950, il participe à la Foire Exposition de la Hotoie, où tous les chefs invités doivent préparer un menu à base de nouvelles recettes, à servir aux notables d’Amiens. À cette occasion, il a l’audace de fourrer une crêpe d’une duxelles de champignons, de crème et de jambon, avant de la faire gratiner au four… et voilà la ficelle picarde créée ! Point de béchamel en vue dans la recette « authentique »…

Les ficelles picardes que l’on peut aujourd’hui déguster sont donc des adaptations où la technique a été quelque peu simplifiée par rapport à la recette originelle : n’en déplaise au marquis d’Uxelles, en l’honneur de qui La Varenne a inventé la duxelles, il semble que cette fine découpe des champignons ait été délaissée pour de plus grossiers morceaux… Quant à l’introduction de la béchamel, on peut facilement penser qu’elle a permis d’alléger en crème la recette de Marcel. Et c’est finalement remplacer un onomastisme par un autre ! Si le terme duxelles vient du marquis d’Uxelles, celuis de béchamel vient de Louis de Béchameil… un autre marquis !