Dans la cuisine de Jacqueline

Jacqueline est une habituée des fourneaux, que ce soit dans l’intimité de sa petite cuisine, dans le fourmillement des internets gastronomiques ou dans l’effervescence d’ateliers et de démonstrations culinaires. Alors forcément, nous recevoir pour cuisiner, ça ne l’impressionne pas pour un sou. D’ailleurs, elle nous attend de pied ferme sur le pas de sa porte, déjà affublée de son tablier et prête à en découdre avec le beurre et les jaunes d’œufs. Chez Jacqueline, on n’est pas là pour passer le temps : à peine le temps d’aller nous rafraichir dans les lieux d’aisance, que la voilà déjà engagée jusqu’aux coudes dans montagne de farine jetée à même son plan de travail !

Eh oui, même si elle opère dans une cuisine remarquablement bien équipée, Jacqueline nous fait aujourd’hui la démonstration d’une recette qui se veut économe en vaisselle : pas la peine de sortir un saladier ou une cuillère en bois, tout se joue sur le plan de travail, à la force du poignet ! Avec pour tout outil ses deux mains et un grand plat à tarte, Jacqueline se lance presque les yeux fermés dans la confection de son gâteau breton... qui a été visiblement mille fois éprouvé et largement approuvé par tous. Avec autant d’assurance, l’affaire est en bonne voie ! En tout cas concernant la réussite du gâteau… car en apprendre plus sur Jacqueline n'est pas si simple !

Vu son aplomb en cuisine, nous pensions que Jacqueline serait de ceux qu’il suffit de lancer sur le sujet de la cuisine pour les voir s’animer et nous dérouler la longue liste – plus ou moins palpitante – de leurs réalisations culinaires. La cuisine et l’alimentation, quels meilleurs sujets pour briser la glace ? Mais avec Jacqueline, que nenni ! Ce n'est pas qu'elle soit farouche ; simplement, elle n’est pas du genre à vous raconter spontanément l’histoire de sa vie alors qu’elle vous connait à peine, quand bien même on lui parlerait de gastronomie !

Alors forcément, même si elle nous explique sa recette du gâteau breton avec beaucoup de bonne grâce, nos questions sur les origines familiales de cette recette ont un succès beaucoup plus mesuré. Tout en pétrissant de manière imperturbable de petites boules de pâte, qui s’amoncèlent dans le plat jusqu’à former son grand gâteau, Jacqueline nous livre quelques bribes de son histoire. Mais tant que le gâteau n'est pas dans le four, elle reste surtout concentrée sur sa besogne. On ne parle pas les mains pleines de beurre ! Serait-ce là un nouveau proverbe breton ?

Les crêpes de son enfance, elles étaient dégustées non garnies, avec simplement un peu de beurre. À l’époque, les crêperies ne proposaient d’ailleurs même pas toujours ce fameux morceau de beurre ; il n’était donc pas rare de voir des clients apporter le leur pour agrémenter leur crêpe ! Quand elle nous raconte ces coutumes, Jacqueline se remémore soudain sa propre expérience : étant la seule enfant de la famille, quand il y avait de la visite, elle était bien souvent envoyée toute seule à la crêperie… avec sa motte de beurre sous le bras !

Quant au gâteau breton – sorte de sablé épais et bien beurré – elle se rappelle qu’il était servi pour les « lunch » après les cérémonies de mariage : ça explique la taille moyenne du gâteau en question ! Sa mère le préparait aussi régulièrement pour le goûter ; et Jacqueline a gardé cette habitude, à en croire sa boite à gâteaux en métal, encore remplie du précédent gâteau. « En général, y a du monde dans la boite ! »… et à nouveau de quoi la remplir !

Préparez ce gâteau de préférence deux à trois jours à l’avance : un peu rassis, il se coupera sans faire trop de miettes et sera bien meilleur à la dégustation !

C'est pas tout ça, mais comment ça se cuisine ?

Et même si elle sait plaisanter avec nous de ces petites manies qui font le charme des blogueuses, on découvre vite l’ampleur qu’a pris dans sa vie cette simple décision il y a dix ans : ouvrir un blog de cuisine ! Il occupe aujourd'hui une grande part de sa vie : elle met un point d'honneur à poster plusieurs recettes par semaine, toujours photographiées par son mari.

Mais ce blog a mené Jacqueline à vivre la cuisine bien au delà de son écran. Aujourd'hui, elle anime les cours de cuisine de l'association qu'elle a créée, elle est membre d’un collectif de blogueuses bretonnes, et participe à de nombreux évènements gastronomiques en France et en Navarre.

Un peu d'histoire : le gâteau breton

La recette du gâteau breton tel qu’on le déguste aujourd’hui  a peu évolué. Elle fait partie des recettes ménagères traditionnelles dont il est difficile de retrouver la trace avec certitude. Même si les ingrédients qui le composent sont simples et aujourd’hui faciles d’accès, ce n’était pas le cas en Bretagne au XIXème siècle. Le beurre produit était essentiellement destiné à être vendu, la principale graisse utilisée par les familles étant donc le saindoux. L’émergence du gâteau breton daterait de la fin du XIXème siècle, lorsque le développement de la production agricole permet aux familles rurales d’augmenter leurs revenus et de diversifier leur alimentation. Plus qu’un gâteau de tous les jours, il est d’abord surtout consommé lors de fêtes, comme par exemple dans la région de Plozévet où il est servi pour les baptêmes, les mariages et les pardons religieux.

 

À partir de cette époque, il a été cuisiné dans de nombreux foyers, mais sa notoriété en dehors des frontières de la Bretagne viendrait d’un pâtissier de la région de Port-Louis, dans la région lorientaise, qui avait présenté ce gâteau à l’exposition universelle de 1863, à l’origine sous le nom de « gâteau lorientais ». Depuis, cette appellation semble avoir été abandonnée, au profit du plus passe-partout « gâteau breton ». Il se dit également que ce gâteau était particulièrement apprécié des marins, car étant très sec, il a de remarquables propriétés de conservation, et permet de sustenter des marins sur plusieurs semaines.

Sources :

Monik et Pierre Le Rhun, 1967. Evolution du régime alimentaire à Plozévet, de 1800 à 1960.

Savourez La Bretagne :  Le gâteau breton

L'inventaire du patrimoine culinaire français, région Bretagne.

 

Crédits photos : Agathe Lang

PictogrammesGood Stuff No Nonsense et Freepik (via Flaticon)

Note de transparence : Jacqueline nous a fait un goûter breton fort agréable....merci également à elle pour les bons tuyaux qu'elle nous a donnés pour continuern notre découverte de la cuisine de Cornouaille ! Vous pouvez la retrouver sur son blog, La cuisine de Jacre - en toute simplicité, pour découvrir ce qu'elle mitonne - à part le gâteau breton...

 
 
Le monde étrange et fascinant des blogs de cuisine

Une fois le gâteau enfourné et la cuisine à nouveau propre comme un sou neuf, voilà Jacqueline beaucoup plus détendue, et ses éclats de rire emplissent soudainement la pièce. Et quand on entame une discussion avec Jacqueline, on entre dans ce monde particulier des blogueuses culinaires, de celles qui connaissent Chef Damien en vrai et qui pinterestent à tour de bras. Vous en avez d’ailleurs peut-être déjà croisé de la même espèce… Elles se déplacent souvent en troupe et sont particulièrement reconnaissables au restaurant, car l’arrivée d’un plat sur la table déclenche un concert d’appareils photos et d’instragramisations passionnées !

Le gâteau breton

Plutôt autodidacte, Jacqueline n’a que peu de recettes transmises par ses parents. De son père, qui travaillait en pâtisserie, elle garde la gourmandise invétérée ; et de sa mère, deux savoir-faire : les crêpes, et le gâteau breton.