Avant de partir sillonner les routes du Berry, puis de Cornouaille bretonne, et enfin de Picardie, nous avions fait un premier portrait un peu particulier : celui de Monique, la grand-mère de Marie, bretonne exilée en région parisienne depuis bien longtemps. Un portrait un peu à part, donc, qui nous a permis de nous faire la main avant de partir, de nous poser tout un tas de questions sur la réalisation de ces portraits… et de découvrir de nouvelles facettes de cette grand-mère bien-aimée, qui a joué un rôle déterminant dans la passion de Marie pour la cuisine !

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Une fois la surprise passée, Monique a beaucoup appris sur la cuisine bretonne, et pas seulement pour faire plaisir à son mari en lui préparant des pommes de terres à la bretonne (avec beaucoup de krien, ce gratin qui accroche au fond du plat) ou les œufs au lait de sa mère. Avec l’aide de ses belles-sœurs, Monique est allée jusqu’à s’approprier complètement cet héritage culinaire d’adoption.

Le far noir, c’est d’abord la recette de sa belle-mère : comme la polenta, elle faisait bouillir le lait, puis ajoutait d'un seul coup la farine. Mais c'était très dur, et pour tourner, elles faisaient faire appel aux hommes ! En sortant sa petite fiche cartonnée, recopiée avec une jolie écriture d’écolière par une de ses filles, Monique nous explique comment elle le cuisine aujourd’hui. Elle suit la recette de sa belle-sœur Marie-Thérèse, qui "triche" : en délayant la farine dans un peu de lait, la mixture est bien plus facile à mélanger ! Plus besoin d'un homme fort, Monique le mélange avec adresse, juchée sur son petit tabouret blanc.

Note de transparence : Monique nous a gentiment invitées à déjeuner ce jour-là ; nous avons également eu le plaisir de déguster ce fameux far noir avec une bonne tasse de thé, en son agréable compagnie ainsi que celle d'un autre de ses petits-fils. Et depuis, Monique nous a également prêté la maison de famille dans la Finistère, qui a été notre toit pendant les quelques mois passé en Cornouaille... Mille mercis à Monique et à ses filles !!

 

 

Fille d'une couturière et d'un ingénieur des mines, elle a passé son enfance dans un milieu où la cuisine française bourgeoise était la norme : blanquette de veau ou gigot d’agneau étaient la norme, plutôt que galettes ou kouign-amann. Sa première rencontre avec sa belle-famille a donc été un choc non seulement culturel, mais aussi un choc de classe ! La jeune fille qu'elle était alors s'est vue, à son grand étonnement, accueillie avec du café, des moules et du pâté en guise de goûter : de quoi la déstabiliser un peu…

 

Monique nous accueille dans la cuisine de son appartement de l’ouest de la région parisienne, et tout de suite, elle nous prévient : non, elle n'est pas vraiment bretonne. D’abord, parce qu’elle a été élevée à Rennes, où l’on ne parle pas breton mais gallo, la langue de la Haute Bretagne. La vraie Bretagne, elle l'a découverte plus tard, au travers des gestes et des coutumes de sa belle-famille, dans un petit village de la rade de Brest : un choc pour elle !

Dans la cuisine de Monique

Mais attention ! Héritage, d'accord, mais chez Monique, il ne s’agit pas de se retrouver figé dans les vieilles traditions. À cette époque, d’ailleurs, tout change très vite : dans les années 60, en Basse-Bretagne (la vraie Bretagne), la cuisine se modernise, s’enrichit, s’adapte aux nouveaux modes de vie : adieu à la cuisinière en fonte, voici le temps de la gazinière!

Mais Monique va plus loin. Curieuse et aimant sortir des sentiers battus, est toujours à l’affut de nouveautés et de recettes inédites ! C’est d’abord à travers ses magazines "Jardins de modes", dont elle nous montre quelques exemplaires précieusement conservés, qu’elle trouve l’inspiration… mais aujourd'hui, c'est sur une tablette tactile qu’elle consulte le blog de Marie !

"Accroche-toi à ta cuillère !"

Le far noir est traditionnellement servi avec du lait ribot, mais Monique aime le servir en accompagnement d’une viande : son goût peu sucré et sa texture fondante le rendent parfait comme accompagnement. Mais après avoir disserté quelques instants sur la façon de le déguster, c'est finalement devant un thé fumant que nous avons goûté ce fameux far noir. 

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En mangeant, Monique nous confie comment elle est devenue une inconditionnelle de ce breuvage. "Pendant la guerre,  le café avait été remplacé par de l'orge grillé : imbuvable… et avec des effets indésirables sur les intestins !" Et la voilà qui nous raconte comment, avant l’occupation, les Anglais, en garnison à Rennes avaient laissé à leur départ sur place toutes sortes d’objets qui s’étaient révélé plus ou moins précieux en ces temps de restriction : des crackers, des confitures… ainsi que de grandes malles contenant du thé ! Même après avoir partagé avec les voisins, la réserve était suffisante pour la famille pendant toute la durée de la guerre. Monique et sa sœur ont donc échappé à l’orge grillé et à ses conséquences indésirables, et ont pu boire du thé  - infusé dans des taies d'oreillers ! - vêtues de pyjamas en soie, eux aussi abandonnés par les Anglais ...

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C'est pas tout ça, mais comment ça se cuisine ?

Imprimez la recette !

Crédits photos : Agathe Lang

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