Dans la cuisine de Vincent

En pénétrant dans la grande cuisine à l’entrée de la maison où Vincent nous attend, on le sent un peu timide. Mais au fil du temps que nous passons avec lui dans la maison de ses parents, Vincent sort petit à petit de sa réserve, jusqu’à devenir intarissable. Il faut dire que nous l’avons lancé sur des sujets qui lui tiennent manifestement à cœur : l’alimentation et la cuisine !

Toute la famille derrière les fourneaux !

Comme souvent, la cuisine, c’est pour Vincent une affaire de famille. Mais là où il s’agit généralement d’une relation privilégiée avec un parent ou un grand-parent qui a transmis son savoir-faire et sa passion, ici, c’est toute la famille qui met la main à la pâte ! Chacun a son pré carré : le père de Vincent, qui chasse, est en charge du gibier, sa mère, qui suite à des allergies préfère contrôler ce qu’elle mange, cuisine la plupart des plats, et Vincent, qui préfère la pâtisserie, s’occupe des desserts. Une sacrée organisation familiale, qui est à son apothéose au moment des fêtes de fin d’année ! En cœur, Vincent et sa mère, qui nous a rejoints en cuisine, nous racontent l’épique préparation du repas de Noël : à six dans la pièce, ils naviguent d’un plat à l’autre, s’occupant du leur comme de celui du voisin. Sapins feuilletés, nougat glacé, vacherin, fruits de mer, brochet sauce hollandaise, chevreuil… la liste, digne d’un repas sur le Titanic, donne le vertige. En fouillant dans ses souvenirs, Vincent s’amuse : « on a passé deux jours à table, je ne sais même plus ce qu’on a mangé ! ». Pourtant peu difficile, il nous confie : « Tous les ans, je mange une huître pour être sûr que je n’aime pas ça ».

Ce partage de la cuisine dépasse même le noyau familial : tous les mercredis, Vincent accueille ses neveux, de 4 et 9 ans, pour des ateliers pâtisserie. Plutôt que de manger un gâteau sorti d’une boite, ils fabriquent chaque semaine leur goûter avec leur jeune oncle. Nous comprenons donc que, cet après-midi, nous remplaçons simplement les enfants dans le traditionnel atelier culinaire. Pas étonnant que Vincent ait été désarçonné quelques instants à notre arrivée, nous n’avons pas tout à fait le profil de ses apprentis habituels, avec notre barda de prise de notes et d’appareils photos !

Vincent semble avoir été élevé dans le respect de la nourriture et de la cuisine. En témoignent la vingtaine de poules, oies, pigeons et autres canards, qui s’ébattent au fond du jardin, bichonnés avec soin par la mère de Vincent : au cœur de l’hiver, elle nous explique même faire cuire des pâtes à ses poules, pour qu’elles puissent manger chaud ! Pour autant, pas de sentimentalisme chez eux : les animaux sont là pour être utiles. Ici, les oies sont nommées Pâques, Noël et Sylvestre, et s’ils avaient un mouton… ce serait Méchoui !

Un Monsieur gâteau anglo-berrichon

Le rayon de Vincent, c’est plutôt la pâtisserie : bien que délicieuse, la cuisine berrichonne assez campagnarde et rustique, ne lui propose pas forcément suffisamment de recettes sucrées qui pourraient le séduire. Mais c’est compter sans le sacré grain de folie qu’a Vincent en cuisine !

Féru d’anglais - qu’il a étudié à Limoges – et très imaginatif, il nous a savamment détourné la courge du Berry, la Sucrine, pour lui faire prendre la place de la carotte dans le so british carrot cake, et créer ainsi un gâteau anglo-berrichon, à l’image de sa créativité !

Et ce mariage anglo-berrichon n’est qu’un aperçu des capacités de Vincent, qui ne se donne pas de limites : pour titiller son imagination, il jongle entre livres, blogs, passe de son tableau Pinterest aux recettes familiales, et cuisine tout ce qui lui passe par la tête ! Une fois lancé, il ne s’arrête plus : nous commençons à entrevoir l’ampleur de sa passion quand il dégaine son téléphone, pour nous montrer les photos de ses créations ! Les recettes s’enchainent sans se ressembler  : entre les dernières modes pâtissières comme le gravity cake et les créations issues de son imagination débordante, comme ses fameux cookies au pesto – à l’ail des ours, avec des pignons, amandes et chorizo - ou ses biscuits en forme de slip (tout à fait, on en a vu la preuve photographique !), une chose est sûre, Vincent fourmille d’idées !

Être un garçon qui cuisine autant, et surtout seul, ça en a intrigué plus d’un pendant ses études… Mais ses amis actuels ne s’en plaignent pas, ni les bénévoles de l’association d’envoi de matériel médical au Mali pour laquelle Vincent est engagé (ce garçon est plein de surprises !). Vincent est leur Mr Gâteaux :  toujours attendu au tournant sur la dernière trouvaille qu’il va ramener… il en déçoit plus d’un lorsqu’il se contente de ramener une bouteille de vin à un dîner !

C'est pas tout ça, mais comment ça se prépare ?
Un peu d'histoire : de l'utilisation des légumes dans les desserts...

L’utilisation de légumes en pâtisserie ne date pas d’hier ! Elle est même assez ancienne : en Europe, pendant le Moyen-âge, plusieurs puddings étaient réalisés avec des légumes comme la carotte, les courges ou les courgettes. Leur pouvoir sucrant était en effet recherché pour se substituer aux autres sucres, à la fois rares et plus chers. Le carrot cake en est peut-être le plus vieil exemple, et sûrement le plus connu actuellement : des recettes de carrot cake apparaissent dans les livres de cuisine dès 1699 !

 

C’est également grâce au pouvoir sucrant de la carotte que le carrot cake a été remis au goût du jour par les Anglais pendant la Seconde Guerre Mondiale, quand le sucre blanc était rationné. Depuis, il s’est beaucoup démocratisé, et nous l’associons aujourd’hui à la culture anglo-saxonne, ainsi qu’à une forme d’alimentation plus saine et moins riche en sucres. Mais en réalité, le carrot cake était cuisiné ailleurs en Europe, bien avant la Seconde Guerre Mondiale, comme par exemple dans le canton d’Argovie en Suisse, où il est plus connu sous le nom de rüblitorte, ou « gâteau aux carottes » en suisse allemand.

 

Mais la carotte n’a pas le monopole du légume apprécié en dessert ! Il existe également en Italie, une recette appelée scarpaccia, réalisée à partir de courgettes, qui se déguste sucrée.

Note de transparence : Vincent et ses parents nous ont accueillies un après-midi dans leur maison, et ont partagé un moment avec nous qui a été très sympathique ! Après avoir observé Vincent travailler en sirotant un thé, il nous a gentiment offert de gouter le résultat de son dur labeur... Merci à eux !

Crédits photos : Agathe Lang

PictogrammesGood Stuff No Nonsense et Freepik (via Flaticon)

 
 

La sucrine du Berry avant et après... râpée, c'est à s'y méprendre avec des carottes !